Le regain des marchés actions— mais seulement aux entreprises préparées

21/07/2026

Après plusieurs années marquées par des fenêtres d’émission irrégulières, les marchés de capitaux actions (ECM) montrent aujourd’hui des signes plus nets de reprise. Cette réouverture n’est toutefois pas généralisée. Les investisseurs restent sélectifs, la discipline en matière de valorisation est de retour, et les entreprises émettrices gagnantes sont celles qui ont une taille critique, une croissance crédible et une compréhension claire de comment et où elles peuvent accéder au capital.

Entretien avec Jeff Mortara, Co-Responsable mondial des marchés de capitaux actions (ECM), et Responsable de la banque d’investissement TMT pour les Amériques. 

Après plusieurs années marquées par des fenêtres d’émission irrégulières, les marchés de capitaux actions (ECM) montrent aujourd’hui des signes plus nets de reprise. Cette réouverture n’est toutefois pas généralisée. Les investisseurs restent sélectifs, la discipline en matière de valorisation est de retour, et les entreprises émettrices gagnantes sont celles qui ont une taille critique, une croissance crédible et une compréhension claire de comment et où elles peuvent accéder au capital.  

Jeff Mortara, Co-Responsable mondial des marchés de capitaux actions (ECM), et Responsable de la banque d’investissement TMT pour les Amériques, revient sur l’état actuel des marchés de capitaux actions mondiaux, les défis auxquels sont confrontés les émetteurs et les banques, ainsi que sur l’importance croissante de l’exécution, de l’accès aux investisseurs et de la performance post-introduction en Bourse. 

Le marché des introductions en bourse (IPO-Initial Public Offering) semble repartir. Comment décririez-vous l’état actuel des marchés de capitaux actions mondiaux ? 

Le marché est ouvert, mais il reste sélectif — et c’est souvent la première étape avant une ouverture plus large. 

La confiance est clairement revenue par rapport aux phases les plus difficiles du cycle précédent. Les indices boursiers ont été porteurs, la volatilité est restée globalement maîtrisée et les investisseurs sont de nouveau disposés à participer aux nouvelles émissions. Néanmoins, les critères d’accès sont bien plus exigeants qu’en 2020-2021. Les investisseurs se montrent beaucoup plus rigoureux sur la valorisation, la qualité du modèle économique, la rentabilité et la solidité du projet d’investissement présenté aux marchés. 

Cette tendance est visible dans toutes les régions. Aux États-Unis, le marché des IPO a abordé 2026 avec une dynamique positive. À l’échelle mondiale, je qualifierais le marché des introductions en Bourse de résilient mais sélectif, avec un appétit particulier pour les grandes opportunités de croissance. 

Autrement dit, le marché est ouvert aux entreprises qui sont préparées, réalistes et capables de démontrer à la fois leur potentiel de croissance et leur résilience. 

Comment les entreprises doivent-elles choisir leur place de cotation ? 

Cette décision est devenue plus stratégique. 

Le marché américain offre la réserve de capitaux la plus importante, en particulier dans la technologie, la santé et les secteurs de croissance. Pour cette raison, de nombreux émetteurs internationaux envisagent sérieusement une cotation aux États-Unis. Pour d’autres, l’Europe, le Royaume-Uni, l’Asie ou encore une approche « dual track » peuvent offrir une base d’investisseurs, un cadre réglementaire ou un environnement sectoriel plus adaptés. La distribution internationale prend de l’importance, et c’est un domaine dans lequel Société Générale dispose d’un avantage compétitif important par rapport à des concurrents plus centrés sur les États-Unis. 

La question n’est pas simplement : « Où obtenir la valorisation la plus élevée ? » 

Elle consiste pour une banque à comprendre les deux aspects de l’équation : les objectifs de l’émetteur et les caractéristiques du marché des investisseurs. C’est particulièrement important pour les entreprises européennes qui envisagent une cotation aux États-Unis, pour les entreprises américaines qui cible une demande internationale ou pour des émetteurs dans des secteurs dont la base d’investisseurs est répartie dans plusieurs régions. 

C’est précisément là qu’une plateforme mondiale comme Société Générale apporte de la valeur. Nous combinons des relations historiques avec les clients européens, une présence ECM en pleine croissance aux États-Unis et les capacités mondiales de distribution actions renforcées par Bernstein. Nous sommes ainsi en mesure de conseiller les émetteurs non seulement sur l’opportunité de venir sur le marché, mais aussi sur le marché à privilégier, les investisseurs à cibler et la structure la plus adaptée. 

Quels sont aujourd’hui les principaux défis des banques qui accompagnent les IPO et autres levées de capitaux en actions ? 

Le métier de banque ECM est devenu plus exigeant. 

Il ne suffit plus de présenter un carnet d’ordres rempli le jour du lancement. Les banques doivent accompagner les émetteurs bien en amont, affiner leur « equity story », tester l’appétit des investisseurs, conseiller sur le calendrier, structurer l’opération et soutenir le titre après sa cotation. Le processus nécessite une coordination étroite entre les équipes d’origination, de syndication, de recherche, de vente, de trading, de dérivés actions, de financement et de gestion des risques. 

Cette intégration est essentielle car les conditions de marché peuvent évoluer très vite. Une opération qui paraît simple un lundi peut devenir plus complexe dès le mercredi si la volatilité augmente, si un concurrent recule en Bourse, si des statistiques macroéconomiques surprennent le marché ou si l’actualité géopolitique modifie le sentiment des investisseurs. L’exécution requiert le feedback continu des investisseurs et du desk. 

Notre modèle ECM repose précisément sur cette coordination. Les équipes d’origination, de syndication, de distribution et d’exécution travaillent de façon intégrée tout au long du processus, les interactions avec les investisseurs alimentant les décisions de prix et d’allocation, tandis que l’expertise des équipes de trading contribue à ajuster les transactions en temps réel. 

Les meilleures banques ne sont plus seulement des intermédiaires. Elles sont désormais des conseillers, des interprètes des marchés et des partenaires d’exécution. 

Quelle importance revêt aujourd’hui la performance du titre après l’opération ? 

Elle est au cœur de toute IPO réussie. 

Pour l’émetteur, l’IPO ne s’achève pas lorsque le prix est fixé. À bien des égards, c’est à ce moment que commence réellement son parcours sur les marchés cotés. Si l’action performe mal dès les premiers jours, cela affecte le moral des salariés, la confiance des investisseurs, la capacité future à lever du capital et la perception de l’équipe dirigeante. À l’inverse, une bonne performance boursière associée à un actionnariat de qualité crée une véritable flexibilité stratégique. 

C’est pourquoi les questions de prix et d’allocation sont si importantes. Un carnet d’ordres solide compte, mais sa composition compte tout autant. Qui sont les investisseurs de long terme ? Quels sont ceux qui comprennent réellement le secteur ? Quels investisseurs accompagneront l’entreprise dans les différents cycles de marché ? Qui apportera de la liquidité ? 

Le partenariat avec Bernstein joue ici un rôle particulièrement important. Bernstein apporte à Société Générale une plateforme mondiale de recherche et de distribution actions ainsi que des relations privilégiées avec les investisseurs institutionnels. Environ 80% de ses clients Tier 1 sont des investisseurs « long only ». Bernstein figure également parmi les principales plateformes de trading d’agence aux États-Unis, contribuant à la liquidité du titre après l’opération. 

Cette capacité à accompagner l’émetteur après le pricing constitue une composante majeure de la proposition de valeur. 

Le marché américain demeure le plus important au monde. Comment Société Générale a-t-elle modifié son positionnement ? 

Cette évolution a été majeure. 

Société Générale a fait le choix stratégique de renforcer sa franchise ECM, notamment aux États-Unis, ce qui a nécessité des investissements dans les équipes, la plateforme et la distribution. Le recrutement de talents seniors en ECM, le développement de l’expertise sectorielle — notamment dans la technologie, l’énergie, la santé et l’industrie —, la création de notre hub TMT à Menlo Park en Californie et le partenariat avec Bernstein ont considérablement renforcé notre plateforme. 

Cette progression se reflète dans les classements mais, plus important encore, dans les mandats que nous remportons. Sur les émissions mondiales d’actions, Société Générale est passée de la 81e place en 2024 à la 34e en 2025, puis à la 21e place à mi-parcours de l’année 2026, avec 20 mandats de teneur de livre remportés aux États-Unis, en Europe et en Asie. Depuis la création de la coentreprise avec Bernstein, Société Générale a également intégré le Top 20 des bookrunners d’IPO aux États-Unis, gagnant plus de 20 places en 2025. 

Cette progression ne s’explique pas seulement par l’amélioration du marché : elle illustre la pertinence d’une plateforme de plus en plus reconnue par les clients et les investisseurs. 

Quel rôle Bernstein a-t-il joué dans le développement de la franchise ECM ? 

L’apport de Bernstein a été transformateur, car la distribution, la recherche, les relations investisseurs et la liquidité post-opération sont devenues déterminantes. 

Bernstein renforce chacune de ces dimensions pour nos clients entreprises. 

La plateforme compte environ 150 professionnels de la vente dans le monde, davantage de forces commerciales en Europe que n’importe quelle autre plateforme américaine du Top 20 sur les IPO, ainsi que des relations étroites avec les investisseurs institutionnels. Elle accompagne également les émetteurs au-delà de la transaction elle-même grâce à ses conférences, forums et événements, dont la conférence annuelle Strategic Decisions Conference organisée à New York par Société Générale et Bernstein. La dernière édition a réuni 146 entreprises, plus de 2 000 participants, et a donné lieu à 725 réunions individuelles ou en petits groupes et près de 3 800 interactions clients représentant 280 investisseurs. 

Cette proximité avec les investisseurs constitue un réel avantage. Elle permet aux entreprises de dialoguer avec les bons investisseurs avant, pendant et après une transaction. Elle nous aide aussi à intégrer des feedbacks de marché plus pertinents dans le processus d’exécution. 

Comment voyez-vous l’évolution du marché ECM pour le reste de l’année ? 

Les opportunités sont là et il nous appartient de les saisir. 

Beaucoup d’entreprises ont attendu longtemps avant d’accéder aux marchés cotés et sont aujourd’hui plus matures qu’elles ne l’auraient été il y a deux ou trois ans. 

Les marchés resteront toutefois épisodiques : les fenêtres s’ouvriront et se refermeront. C’est pourquoi la préparation est essentielle. Les entreprises ne doivent pas attendre des conditions parfaites pour commencer à se préparer. Elles doivent être prêtes à agir dès que les conditions deviennent suffisamment favorables. 

Pour les banques, le défi consiste à aider les clients à naviguer dans cette incertitude avec rigueur. Pour les émetteurs, il s’agit d’être réalistes sur leur valorisation, réfléchis sur le calendrier et axés sur la construction d’un actionnariat durable. 

Que peuvent attendre les clients de Société Générale en ECM dans les années à venir ? 

Ils doivent s’attendre à une franchise ECM déterminée, intégrée et ambitieuse. 

Nous avons réalisé des progrès importants, mais nous continuons à construire notre plateforme. Notre objectif n’est pas simplement de participer à davantage de transactions. Il s’agit d’apporter à nos clients un conseil et une exécution de qualité dans les domaines où nous pouvons créer une réelle valeur ajoutée. 

Les entreprises continueront à choisir Société Générale pour leurs opérations ECM parce que nous disposons désormais d’une franchise intégrée qui associe la force de l’origination, la rigueur de l’exécution et un accès mondial aux investisseurs. L’ensemble nous apporte une franchise qui nous distingue. 

Dans un marché qui restera fortement concurrentiel, Société Générale opère aujourd’hui depuis une position différente. Nous avons le bilan, les relations clients, les capacités de distribution actions, l’expertise sectorielle et le modèle d’exécution nécessaires pour intervenir sur les principales opérations ECM mondiales. 

C’est une excellente nouvelle pour nos clients — et cela va continuer à permettre à Société Générale d’investir dans cette activité importante des marchés de capitaux actions et de la développer à l’échelle mondiale. 

* Bloomberg, Juin 2026